Émergence de la planimétrie à Jossigny (77),

à partir des résultats de la fouille

du Parc de la Motte et des Collinières

 

 

 

 

Cette étude est publiée avec l’accord de Gilles Desrayaud, de l’INRAP, auteur (avec Hervé Guy) du Document Final de Synthèse sur la fouille de Jossigny auquel nous empruntons des informations et des figures (GC).

 

 

Les informations archéologiques qui suivent proviennent du Document Final de Synthèse concernant la fouille de Jossigny (et Serris) aux lieudits Parc de la Motte et Les collinières (Desrayaud et Guy 2005). La fouille a eu lieu d’avril à septembre 2000, et son emprise est due à la construction des échangeurs nord et sud de la pénétrante Ouest de l’autoroute A4.

 

Résumé de la fouille

 

La fouille a concerné 22 ha de sols de limons éoliens (limon des Plateaux) recouverts par les colluvions provenant de la butte tertiaire des Collinières situé au sud de la zone étudiée. À certains endroits, les vestiges protohistoriques et d’époque romaine sont recouverts par une couche de 40 cm de colluvions argilo-limoneuses hétérogènes.

Des occupations paléolithiques et néolithiques ont été observées, peut-être liées à un habitat au sommet de la butte. Ces occupations ne sont pas décrites ici.

L’apport principal de la fouille est la mise en évidence d’une occupation dense s’étendant de la fin de l’Âge du Fer au IIIe s. ap. J.-C. Un enclos laténien du IIe-Ier s. av. J.-C. est remplacé, pendant la seconde moitié du Ier s. av. J.-C., par un enclos plus vaste, s’insérant dans une trame de fossés quadrillant toute la zone évaluée. C’est dans cette trame que s’insère les noyaux d’habitat et d’activités. Les fossés remplissent les fonctions de drainage, de limite parcellaire et de limite d’enclos. Ils peuvent avoir une emprise considérable, avec, pour certains, une ouverture de 10 m en surface. Un phasage chronologique des fossés a été suggéré. Mais les fouilleurs ont posé le problème de leur datation, en observant que le mobilier ne rend compte que de la dernière phase d’exploitation du fossé, et pas de sa création.

Au plus tard pendant le second tiers du IIIe s. ap. J.-C., les secteurs d’habitat et d’activités sont désertés et les fossés ne sont plus entretenus. Ils sont ponctuellement remblayés. Une reprise forestière est une hypothèse envisageable au vu des résultats des analyses anthracologiques et palynologiques.

Après un hiatus, des traces archéologiques témoignent de l’occupation du haut Moyen Âge : un segment de fossé (situé au nord des secteurs fouillés) reprenant le tracé d’un fossé romain comprend un remplissage dont la datation radio-carbone a donné la fourchette 770-980 ap. J.-C.

À l’époque moderne, on voit réapparaître des fossés pour marquer les limites parcellaires. Ils sont peu nombreux, espacés, bordent les chemins et délimitent les parcelles, avec une capacité drainante faible.

 

Apports méthodologiques intéressants pour l’archéogéographie

 

La qualité du compte rendu de cette fouille est remarquable et elle suggère des avancées méthodologiques intéressant l’archéogéographie. On peut en retenir trois, à des niveaux différents.

 

1. Sur le plan technique, les auteurs se sont demandés comment on pouvait rendre compte de l’orientation d’un fossé parcellaire lorsque celui-ci n’était pas formé d’une incision parfaitement rectiligne, à bords strictement parallèles et sur une distance suffisamment longue pour permettre la mesure. La question se pose d’autant plus que les emprises sont limitées, voire exiguës. Cette réflexion conditionne l’étude métrologique du parcellaire.

Ils ont été conduits à inventer diverses notions (Desrayaud et Guy 2005, p. 65-66 et planche 29) :

- axe directeur = « axe de répétition ou de symétrie d’ordre 1 correspondant au vecteur moyen de direction du fossé, c’est-à-dire le segment de droite correspondant à l’orientation moyenne des directions des segments du fossé ».

- on calcule l’orientation à l’aide du « rectangle d’orientation ».

- l’existence de fossé de largeur évolutive oblige à calculer la « marge d’orientation ».

- le calcul de la distance entre deux éléments linéaires formés par des fossés ayant une certaine largeur conduit à définir la distance perpendiculaire minium, maximum et moyenne.

 

 

2. Sur le plan méthodologique, les auteurs ont été conduits à se demander quelle pouvait être l’influence de l’observation archéologique sur la datation des fossés parcellaires. Ils écrivent, dans une notation particulièrement éclairante :

« L’un des problèmes les plus épineux de l’étude des parcellaires est celui de la datation et de la mise en place et de l’abandon définitif d’un réseau parcellaire donné, et plus encore la chronologie de ses modifications internes. La plupart des chemins et des fossés figurant déjà sur un plan terrier du XVIIe s. et abandonnés pendant la seconde moitié du XXe s. n’ont livré que du mobilier des XIXe et XXe s. Il en va de même des fossés gallo-romains, pour lesquels on dispose de plus d’éléments permettant de dater leur abandon que leur creusement initial. » (ibid., 61).

Pour tenter de répondre à cette difficulté, ils établissent des comptages et des covariances de la céramique trouvée dans les fossés avec les séries typo-chronologiques correspondantes, afin d’établir la période de rejet du mobilier céramique. Par exemple, pour les fossés figurant sur le plan terrier du XVIIe s., la méthode a permis d’assurer leur lien avec les fossés fouillés.

 

3. Enfin, ils établissent la relation existant entre le parcellaire antique et le parcellaire actuel, en relevant les exemples d’héritages.

C’est sur ce point essentiel que nous souhaitons insister dans la suite de cette présentation.

 

 

Structure et pérennité du parcellaire antique

 

Notre premier travail a été d’achever la compilation de trois informations que les auteurs de la fouille présentent séparément dans leur rapport : le relevé en plan des structures découvertes, le plan cadastral napoléonien, enfin le plan-terrier de la fin du XVIIe s.

Dans leur figure 25, les auteurs font le rapprochement entre le plan cadastral napoléonien et les fossés modernes, en ajoutant les fossés non datés. Nous avons complété la figure en ajoutant le transfert des fossés antiques, puisque la discontinuité ou la continuité du dessin parcellaire est la question posée.

Nous avons ensuite tenté un rapprochement avec le plan du XVIIe s., ce qui pose de vraies difficultés en raison du caractère très imparfaitement géométrique du plan. La solution proposée dans la figure qui suit est une approximation.

Quant aux structures archéologiques, nous en avons simplifié la présentation, notamment en créant un gradient chronologique repris des figures 27 et 28 du rapport.

Fig. 1 - Compilation cartographique du plan des structures antiques fouillées, du plan cadastral napoléonien et du plan terrier du XVIIe s (G. Chouquer, d’après Desrayaud et Guy 2005).

 

Sur la figure suivante, nous choisissons de représenter par un figuré les liens entre les structures lorsque celles-ci sont fondées sur le critère d’isoclinie et d’isotopie (la limite moderne est de même orientation que le fossé antique et au même emplacement) et celui d’iso-axialité (la limite moderne se situe dans le prolongement d’une structure antique).

On obtient ainsi (figure suivante), une espèce de charpente dont on propose qu’elle soit considérée comme la structure porteuse de la trame parcellaire auto-organisée. Cette trame traduit à la fois le rôle de l’Antiquité dans la formation de la planimétrie, la durée des héritages, enfin la transformation dont cette trame fait l’objet, puisqu’on voit bien qu’elle n’est pas la charpente du parcellaire napoléonien.

 

Fig. 2 - Interprétation de la carte compilée : hypothèse d’une trame auto-organisée (G. Chouquer d’après Desrayaud et Guy, 2005).

 

Fig. 3 - Relation entre la trame suggérée et les structures antiques fouillées (GC).

 

 

Interprétations

 

Lecture métrologique du parcellaire antique

 

Les auteurs proposent de reconnaître, dans les structures antiques fouillées, des régularités fondées sur la mesure de l’actus et du jugerum romains, soit des valeurs de 35 ,5 et 71 m dont ils retrouvent de nombreuses applications. La figure 31 de leur rapport en rassemble les évidences. Sur cette figure, chaque petit rectangle correspond à une surface de 35,5 x 71 m (c’est-à-dire l’équivalent d’un jugerum).

Ils suggèrent, en outre, une organisation en centurie. Sur ce point, nous ne partageons pas du tout cette extrapolation, puisque rien dans la planimétrie, ni locale, ni supralocale, ne permet de restituer la grille d’une limitation qui aurait la centurie de 20 actus comme module.

 

 

 

 

Une possible lecture du parcellaire

 

La relation entre les mesures et la trame plaide de préférence pour une structure indigène et non pour une trame importée selon le modèle de la centuriation. Le dessin global de la trame n’est pas strictement orthogonal, ce qui est une condition requise pour cette dernière hypothèse.

Il reste à expliquer la présence d’une mesure agraire de même valeur que l’actus ou le double actus romain.

 

G. Chouquer mai 2007

 

 

Référence du DFS

 

Gilles DESRAYAUD et Hervé GUY, Ville-Nouvelle de Marne-la-Vallée, Seine-et-Marne, communes de Jossigny et Serris, Le Parc de la Motte-Les Collinières, Diagnostic et Fouilles archéologiques, Document final de synthèse inédit, DRAC Île-de-France, Juillet 2005, 225 p., 62 planches.

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