Roger Agache, le facétieux
« Abonné au chant du coq, abonné au téléphone,
Prix d'excellence d'étourderie, ayatollah fanatique de l'archéologie dans...
les nuages, lauréat de plusieurs Grands concours (de circonstances) »
Voilà comment cet homme aimait à se présenter, en
remettant sa carte à ses visiteurs.
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Je suppose que quiconque a
eu l'occasion de le rencontrer, même très peu de fois comme ce fut mon cas,
doit avoir son anecdote. Voici la mienne. M'ayant invité pour une conférence à
Amiens, il avait été convenu que je logerais chez lui. Mais il avait oublié que
l'escalier intérieur de la maison venait d'être revernis
l'après-midi et qu'il devait sécher toute la nuit. Il fallut donc, pour accéder
aux chambres, poser une grande échelle dans la rue et grimper à une fenêtre du
premier étage restée ouverte.
Ce fut mon premier “envol” avec Roger Agache, sur
les barreaux d'une échelle, vers 11 h du soir dans une rue d'Abbeville, lui
devant et moi le suivant, ma valise à la main, à moins que ce ne soit l'inverse.
Il ne cessait d'en rire, ravi de cette facétie.
Je dormis dans une chambre remplie de cagettes de
légumes dans lesquelles il y avait des centaines de boîtes de diapositives.
Le lendemain, c'était le jeudi 5 mai 1983, nous
prenions l'avion de club qu'il avait réservé et il me fit l'honneur de me
montrer et de m'expliquer un peu de sa Picardie. Une première fois le matin
lors d'un premier vol d'une heure et demi, une seconde fois l'après-midi. Il me
fit survoler Abbeville, Picquigny, La Chaussée Tirancourt,
Aumont, Behen, Liermont, Liercourt-Érondelle, Le Mesge, le site médiéval de Grand Laviers,
Nempont-Saint-Firmin, Colline Beaumont, Conchil-le-Temple, Noyelles-sur-Mer,
Port-le-Grand. Les connaisseurs reconnaîtront là quelques-uns des noms fameux
qui ont jalonné les brillantes découvertes de Roger Agache.
Mais je garde aussi le souvenir d'un geste qu'il
fit avant de quitter son domicile pour le terrain d'aviation. Se penchant sur
une corbeille, il attrapa quelques sangles auxquelles étaient attachés deux ou
trois reflex, n'attachant apparemment aucune importance particulière à ce
détail technique.
Depuis le début, il avait décidé que la technique
serait secondaire, ce qui ne l'empêchait pas de connaître de temps en temps des
lubies. L'ulm en avait été un exemple.
Tel était Roger Agache, qui vient, comme le titre
le Courrier picard, de prendre son
dernier envol.

***
Des discussions que nous eûmes ce jour-là, je garde
le souvenir de sa passion pour sa terre, de sa curiosité insondable et de sa
très nette conscience des limites de la prospection aérienne. Il savait qu'il
ne voyait pas tout. Il avait pour les techniques de photo-interprétation et
pour la recherche des parcellaires et des centuriations,
dont je m'occupais beaucoup alors, une réelle admiration
qu'il ne cessait de répéter, disant que cela le dépassait.
C'est encore ce qu'il prétendait, dix ans plus
tard, lors du colloque qui lui rendait hommage, en octobre 1992 à Amiens, en me
dédicaçant un exemplaire de sa Somme pré-romaine et romaine.
C'était évidemment excessif. Mais j'ai toujours
pensé que le conflit inattendu et injuste pour lui qu'il eut en 1964 avec le
colonel Jean Baradez et les photo-interprètes, malgré
la médiation de Raymond Chevallier, avait dû contribuer à le tenir éloigné de
l'emploi des images verticales. Il allait mettre son point d'honneur à faire la
démonstration que, sans technique particulière, avec de simples photographies
aériennes obliques de basse altitude, on pouvait changer la vision de
l'histoire des campagnes picardes.
Le pari fut tenu.
Gérard Chouquer,
fin septembre 2011
Ressources disponibles
Sur internet, on trouve beaucoup de ressources concernant Roger Agache et son œuvre. Je recommande tout particulièrement :
Le site qui lui est dédié
http://www.archeologie-aerienne.culture.gouv.fr/fr/
Le film de 1973, de 31 minutes, souvent primé
Un reportage disponible sur Youtube