LE « TRAITÉ »

 

OU

THÉORIE DE L’ARCHÉOGÉOGRAPHIE

 

 

 

Tome 1

La crise des récits géohistoriques

 

 

 

paru en juin 2008, 200 pages

 

Pour étudier les milieux, les paysages et les territoires du passé, les chercheurs ont, aux XIXe et XXe siècles, fabriqué des modèles comme la cité antique, l’openfield, la centuriation, le bocage, la ville, le latifundium, les grands défrichements, etc. Ils ont aussi inventé les pays géologiques, les vestiges archéologiques, les typologies paysagères, les cultures, les périodes historiques, les territoires cohérents. Ainsi, quand un chercheur étudie un grand domaine antique, la répartition ou la forme de l’habitat, le domaine royal médiéval, un paléo-environnement, une ville antique, etc., il ne peut faire autrement que d’en passer par des catégories établies à l’époque moderne et dans le cadre de ce qu’on appelle la Modernité. Ces objets, bien que présentés comme universels, sont des objets contingents. 

Jadis on recherchait des caractères originaux du passé, mais on forgeait surtout les caractères identitaires utiles pour justifier le nationalisme, le naturalisme et l’historicisme méthodologiques.

S’il y a crise des récits de la relation que les sociétés ont eue avec leurs milieux, c’est parce qu’on a pris conscience du décalage grandissant que les Modernes ont installé entre les réalités géographiques et les représentations historiennes qu’ils se sont données. L’ouvrage analyse les principaux récits et en montre le caractère transformateur, souvent polémiste, et toujours réducteur parce qu’on y développe des modèles explicatifs hypertrophiés.

 

 

Plan de l’ouvrage

 
INTRODUCTION

LA “ CRISE ” DES OBJETS GÉOHISTORIQUES

Les niveaux du projet archéogéographique

Qu’appelons-nous objets ?

L’historicité des catégories

 

PREMIÈRE PARTIE

LES COLLECTEURS HYPERTROPHIÉS

 

Introduction

 

1. Les ethnotypes nationaux

2.  Le récit de la formation du territoire national

3.  La découverte du paysage

4.  L'espace-temps bivalent des utopies

5.  L'espace-temps de l'objet architectural et urbain et la création de la ville

6.  L’invention puis l’épuisement de la ruralité

7.  L’invention de la grande propriété antique

8.  L'inversion du rapport au passé et l'invention du patrimoine

9.  L'exclusion de la nature et la naturalisation du concept d'environnement

10.  La communauté primitive et la complexification sociale

 

DEUXIÈME PARTIE

LES OUTILS DE RÉDUCTION DES RÉALITÉS ET DES DYNAMIQUES PRÉMODERNES

 

11.  L’atlas, le cadastre et le géo-référencement

12.  La conversion et l’instrumentalisation des mesures

13.  La naturalisation de l’espace par la géologie

14.  La naturalisation des noms des lieux : lieudits et toponymes

15.  La surdétermination des types agraires

16.  Territoires et espace géométrique

17.  L’invention des vestiges archéologiques et leur récupération paR l’historicisme

18.  Le privilège exorbitant des objets romains

19.  La naturalisation des types architecturaux aux XVIIIe et XIXe s.

 

Conclusion

Les caractères originaux de l’espace-temps moderne

 

NOTES

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

Tome  2

L’archéologie des disciplines

 

auteurs : Gérard Chouquer et Magali Watteaux

parution : 2009

 

 

Y a-t-il des raisons claires et justifiées de distinguer, en les nommant différemment, la géohistoire, l’archéologie du paysage, l’archéogéographie, l’archéologie spatiale, l’archéomorphologie, l’archéologie du terroir, la paléogéographie, la protogéographie, etc. ? Y a-t-il des raisons également fondées pour continuer à inventer de nouveaux intitulés ? Notre bilan recense des dizaines d’intitulés voisins, synonymes, tuilés, parallèles. Le temps d’écrire cet ouvrage, pas moins de deux nouveaux intitulés sont apparus : archéologie des réseaux locaux en France ; archéologie globale des paysages en Italie.

On part de cette situation d’éclatement et de dispersion des disciplines et des intitulés de recherche afin de réfléchir aux raisons de ce qui paraît être, dans un premier temps, une perte de sens commun. Pourquoi des termes comme paysage, environnement, archéologie, sont-ils devenus à ce point polysémiques et que cache cette évolution ?

La ligne directrice du volume est, cependant, volontairement contradictoire. Elle est de montrer qu’il s’agit d’un réel enrichissement des interrogations et des contenus, malgré l’apparence de profusion et de désordre. En même temps, il s’agira de montrer que cette situation provoque un horizon d’attente, celui de l’émergence d’un ordre possible, réclamé par de nombreux chercheurs.

En cherchant à comprendre le phénomène, nous proposerons diverses explications, en puisant chez nos collègues épistémologues des théories précieuses. Mais nous dépasserons ces explications — dont on sait qu’elles peuvent quelquefois rester à la surface des choses puisque précisément elles isolent le phénomène (la confusion des intitulés) pour pouvoir l’étudier — pour nous engager dans l’analyse du fond. Par où et par quoi passera cette recomposition ?  Nous en viendrons aux objets, qui nous paraissent offrir le point de référence le plus intéressant, et aux modalités du compte rendu.

 

 

PREMIÈRE PARTIE

UN PARCOURS HISTORIOGRAPHIQUE

Description raisonnée des principaux intitulés de disciplines retenus dans une liste pléthorique.

 

Chapitre 1

Les disciplines de géographie et de topographie historiques

1. Géographie historique (De Planhol 1988)

2. Géohistoire (Higounet 1961)

3. Géographie de l’histoire (Pergameni 1913)

                         4. Histoire géographique (Higounet 1985)

                         5. Géographie humaine rétrospective (Dion 1949)

                         6. Cartographie historique (Marquette 1982)

                      7. Géohistoire systématique (Grataloup 1996)

8. Étude historique du paysage rural (Verhulst 1995)

9. Rückschreibungsmethode (Kippel 1961 ; Krenzlin et Reusch 1961 ; Marten 1969)

10. Métrologie historique (Garnier et al. 1989 ; Hocquet 1995 ; Berriman 1957)

11. Toponymie, onomastique (Vincent 1937 ; Dauzat 1939)

12. Topographie historique (Berty et Legrand 1886-1897)

              13. Topographie antique (Castagnoli 1957)

 14. Aerotopografia archeologica (Ceraudo et Piccareta 2004)

15. Archéomorphologie (Chouquer 1989)

16. Morphologie urbaine (Borie et al.1984 ; Merlin 1988)

17. Parcellographie historique (Loyer 1998)

18. Archéohistoire des paysages (Clavel-Lévêque 2004)

   19. Archéohistoire des terroirs et des paysages (Doukellis 2005)

 

Chapitre 2

Les intitulés ou disciplines issues de l’archéologie et influencées par les méthodologies de la géographie

1. filiation de la géographie humaine agraire ou du peuplement

20. Prospection archéologique (Ferdière et Zadora Rio 1982)

21. Archaeological Survey (Banning 2002)

22. Archéologie du paysage (Chevallier (ed) 1978 ; Ariño-Gil et al. 2004 ; Gonzalez Villaescusa 2006)

23. Archéologie extensive (Noyé 1988)

24. Archéologie de peuplement (De Meulemeester 1998)

25. Archéologie du terroir (Buchsenschutz 1982)

26. Archéologie du territoire (Paysages Découverts 1989, 1993, 1998)

27. Archéologie aérienne (Chevallier 1963 ; Agache 1985 ; Ceraudo et Piccarreta 2004)

28. Aerial Reconnaissance for Archaeology (Wilson 1976)

29. Archéologie agraire (Aufrère 1935 ; Guilaine 1991 ; Verhulst 1995)

30. Archéologie globale des paysages (Volpe 2008)

 

Chapitre 3

2. filiation de la géographie rurale

31. Field Archaeology (Bradford 1957)

32. Photo-interprétation archéologique (Chevallier 1966)

                         33. Télédétection archéologique (Barisano et al. 1984)

34. Protogéographie (Lévy et Lussault 2003)

35. Archéogéographie (Fossier 1982 : Marinval 1990 ; Chouquer (dir) 2003 ; 2005 ; Chouquer 2007)

 

Chapitre 4

3. filiation de la géographie spatiale ou spatialiste

36. Archéologie spatiale ou spatialiste (Renfrew 1969 ; Clarke 1977)

         37. Archéologie des espaces (Van der Leeuw et Fiches 1990)

        38. Off-site archaeology (Foley 1981)

39. Chorématique historique (Grataloup 1996)

         40. Chrono-chorématique (Dufaÿ et al. 2005 ; Rodier et Galinié 2006)

        41. Paléochorématique (Théry 1990)

42. Archéologie des réseaux locaux (Brun, Marcigny, Van Moerkerke 2006 ; Schwien 2007)

 

Chapitre 5

4. filiation de la géographie culturelle

43. Géographie “sauvage” (Lézy 2000)

44. Archéogéographie (Guillaud 2003)

 

 

Chapitre 6

Les intitulés ou disciplines naturalistes ou à base naturaliste

45. Géonomie (Antipa 1913 ; Cholley 1942 ; Rouge 1947 ; Terrasson)

46. Paléogéographie (Furon 1941 ; Pomerol 1973, 1975)

47. Biogéographie historique (Dubois 1991)

48. Paléo-environnement (Colardelle, dir. 1996)

49. Archéologie de l’environnement, a. environnementale (Environmental archaeology, revue)

50. Histoire de l’environnement (Beck et Delort 1993)

            51. géoarchéologie (Bravard et Prestreau 1997)

    52. Alluvial geoarcheology (Brown 1997)

            53. géochronologie (De Geer 1912)

            54. paléobotanique, archéobotanique (Leroyer et al. 1999)

             55. archéozoologie (Chaix et Méniel 1996)

            56. paléoclimatologie (Magny 1995)

57. Chrono-écologie (Bidault et al. 1991)

58. Chrono-environnement (né le 1er janvier 2008)

59. Écologie du paysage (Burel et Baudry 1999)

60. Agronomie historique (Mazoyer et Roudart 1997)

61. Archéo-histoire de l’environnement et des phénomènes naturels (NSS 10, 2002 ; Durand 2005)

 


DEUXIÈME PARTIE :

CRISE ET HORIZON D’ATTENTE

 

Chapitre 1

CINQ LECTURES

 

Il s’agit de tenter une explication de ce foisonnement disciplinaire. Cinq lectures sont envisagées. Il y a à prendre dans chaque.

- La notion de paradigme et de l’opposition entre science normale et science révolutionnaire (Kuhn) : insuffisance de ces catégories, mais aussi effet heuristique pour poser les termes du problème épistémologique.

 - La lecture par la notion de programme de recherches (Lakatos, Berthellot)

- L’explication par l’évolution de l’épistémé (moderne/post-moderne/réflexif) et par la question du détachement et de la certitude des énoncés : Foucault, Boullier.

- Lecture selon l’explication fractale ou thèse des fractionnements (Andrew Abbott)

 - Lecture selon la théorie de la disparité / diversité et la formation des objets scientifiques

Chapitre 2

SOURCES, OBJETS, PROTOCOLES ET PROCÉDURES

 

Ce chapitre évoque la “tyrannie” des sources et des protocoles au détriment de l’élaboration des objets et des procédures de délibération de leurs contenus.

 

Chapitre 3

LES OBJETS, LA CARTE ET LE RÉCIT : LES MODALITÉS DU COMPTE RENDU

 

À partir de la notion d’horizon d’attente, ce dernier chapitre fait l’analyse que cet éparpillement relativiste conduit à l’expression d’un désir de mise en ordre qui prend souvent la forme d’un désir de globalité ou d’interaction.

Nous nous demanderons quelles peuvent être les voies de  cette recomposition : les objets ? le récit ? Nous montrerons que la forme choisie pour le compte rendu influe sur la nature des résultats exposés. Le récit ; le Tableau ou Modèle ; la cartographie dynamique. Par exemple, changer la carte, c’est changer l’objet.

La carte comme métaphore, ou la cartographie des liens.

L’abandon de la synthèse panoptique au profit du panorama.

 

 

 

Tomes suivants

Les objets écouménaux :

création, transformation, transmission, scénarios

 

auteur : Gérard Chouquer

 

Une première esquisse théorique vient d’être donnée dans l’essai paru à Coimba en fin 2007.

Les tomes suivants du traité reprendront cette matière en insistant sur les scénarios à écrire.

 

Analyse des grandes références épistémologiques (modernité, réflexivité, médiance, paradoxe) ; nouvelles modalités spatio-temporelles des études ; la transmission et la transformation des choses de l'écoumène ; nouveaux principes d'étude et de définition des objets ; relations aux disciplines existantes. Le cœur du propos est la recomposition des spatiotemporalités, et une réflexion sur les discontinuités dynamiques qui existent entre les plans fondamentaux producteurs d’histoire écouménale que sont : héritage, projet, émergence, organisation, auto-organisation et représentation spéculaire.

C’est la mise en place des principes refondés à partir desquels se fait l’analyse. Ces principes fondent une archéogéographie qui insiste sur les processus dynamiques, accepte l’incomplétude de la connaissance comme base du travail, et qui, en définitive, refonde les objets en recomposant leurs éléments.

Cette archéogéographie sert un double propos :

- le propos contemporain, de type prospectif, qui n’a pas besoin de connaître le détail de l’histoire des formes et des occupations du sol, mais a besoin de savoir apprécier la part de transmis et d’hérité existant dans toute forme contemporaine, principalement à des fins d’aménagement.

- le propos historique, de type rétrospectif, qui se soucie d’apporter des matériaux géographiques à l’étude historique et qui se pose la question de la définition et de la connaissance des “ objets ” géographiques correspondant aux différents usages du sol.

Cette archéogéographie, enfin et surtout, propose des scénarios renouvelés pour étudier les dynamiques de l’espace.

 

 

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